Le début d’année 2018 ressemble à un véritable chemin de croix pour la star des cryptomonnaies qui flirte dangereusement ce mardi avec les 5 000 dollars. Pour rappel, le Bitcoin valait encore 16 000 dollars au début du mois de janvier.  Les prémices de l’explosion de la bulle ?

La Tulipomanie. Cette expression revient continuellement ces derniers jours au moment d’évoquer la chute libre du Bitcoin qui, après avoir approché de (trop ?) près les 20 000 dollars le 17 décembre, n’en finit plus de dégringoler. Ainsi, ce mardi 6 février, la valeur de la figure de proue des cryptomonnaies avoisinait dangereusement les 5 000 dollars. « La tulipomanie est le nom donné au soudain engouement pour les tulipes dans le nord des Provinces-Unies au milieu du XVIIe siècle, qui entraîna l’augmentation démesurée puis l’effondrement des cours de l’oignon de tulipe : ce qu’on appelle la « crise de la tulipe » en histoire économique ». Toute ressemblance serait purement fortuite, selon le vocable consacré. D’ailleurs, certains analystes se sont « amusés » à comparer les deux courbes, en l’occurrence celle relative aux tulipes et celle du Bitcoin et les similitudes de trajectoires sont particulièrement troublantes. Toutefois, force est constater que le Bitcoin ne parvient pas à redresser la barre et connaît un début d’année particulièrement tumultueux. Dans son sillage, l’ensemble des cryptomonnaies connaissent d’ailleurs une baisse de régime assez inquiétante.

Ainsi, l’Ethereum accuse une baisse de 17% tandis que le Bitcoin Cash (émanation du Bitcoin « canal historique ») recule de 15%. Enfin, le Litecoin, qui est « sorti du bois » à l’automne et a suscité un large engouement, voit lui aussi sa bonne marche entravée, son cours décrochant de 14%. Comment expliquer rationnellement les causes de cette chute libre ? Si le Bitcoin et consorts ont toujours brillé par leur manque de constance et leur volatilité, chaque séquence de turbulence laissait néanmoins la place à une période d’accalmie voire de forte hausse, avec une certaine forme de régularité. Aujourd’hui on constate que cette « alternance » semble avoir vécu, du moins depuis le début de l’année 2018. Car, en effet, le Bitcoin continue de creuser ses pertes. Sur le seul mois de janvier, il a perdu près de 26% de sa valeur soit sa pire performance mensuelle depuis 2015, période durant laquelle la cryptomonnaie n’était réservée qu’à un petit nombre d’initiés.

La régulation comme explication ?

Mais depuis, l’engouement pour les monnaies virtuelles a explosé. De Nabilla Benatia à Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, tout le monde a un avis, plus ou moins pertinent, sur la question. Et surtout les Etats et instances de régulation veulent également prendre leur part du « gâteau bitcoin ». La France s’est d’ailleurs récemment saisie du problème. Après avoir lancé plusieurs avertissements, notamment par l’intermédiaire du ministre du Budget et des Comptes publics, Paris a annoncé une mesure concrète le lundi 15 janvier qui avait fait grand bruit : la nomination de l’ancien sous-gouverneur de la Banque de France à la tête d’une « mission de contrôle » sur les cryptomonnaies. « Nous refusons les risques de spéculation et les possibles détournements financiers liés au Bitcoin », a développé Bruno Le Maire. Réelle volonté de protéger les traders en herbe ou mise sous tutelle de ces nouvelles monnaies virtuelles ? Toujours est-il que les initiatives se multiplient pour poser les jalons de l’encadrement. Que ce soit depuis Paris, Tokyo, Séoul, et même chez les GAFA.

Ainsi, Facebook, dont la puissance de feu notamment en termes d’influence n’a rien à envier à celles de certaines nations, s’est également emparé du problème, brandissant la menace d’une interdiction sur le réseau social des publicités en faveur des cryptomonnaies. Dans le détail, Facebook a annoncé sur son site internet l’interdiction de toute publicité visant à « promouvoir les produits et services financiers fréquemment associés avec des pratiques promotionnelles trompeuses ou frauduleuses, comme les options binaires, les ‘initial coin offerings’ et les cryptomonnaies ». Le premier réseau social mondial n’a toutefois pas précisé si cette décision concernait l’ensemble des publicités pour les cryptomonnaies. Mais visiblement le groupe de Mark Zuckerberg ne goûte guère les pop-up parfois agressifs qui pullulent sur le réseau.  En outre, l’ensemble des « informations négatives » relatives aux cryptomonnaies ces dernières semaines (notamment le piratage de la plateforme japonaise Coincheck, et le vol l’équivalent de 430 millions d’avoirs à la clé) ont également tué dans l’œuf toute velléité de redressement.

« Informations négatives » à foison

Mais un encadrement accru aurait pu justement éviter ce genre de mésaventures et n’a pas que de mauvais côtés. Pour Tristan Colombet, PDG de DomRaider, l’une des premières entreprises françaises à avoir procédé à une levée de fonds en cryptomonnaies, cette « ingérence étatique » pourrait s’avérer bénéfique.  Je pense que c’est une excellente chose que les Etats se saisissent de la question dans une optique d’encadrement. Je vois cela comme une véritable avancée. Mais je suis, en revanche, plus dubitatif concernant un blocage complet, comme l’a fait le Maroc. Cette position ne peut être que temporaire car, à moins de couper purement et simplement l’accès internet à la population, il me semble difficile d’empêcher l’accès aux cryptomonnaies ». Mais la multiplication d’informations négatives sur les cryptomonnaies explique (en partie) cette décrue.

Les investisseurs s’inquiètent notamment des informations sur la décision de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), principale autorité du marché américain des produits dérivés financiers, d’adresser des citations à comparaître aux dirigeants des deux principales plateformes mondiales de transactions en cryptomonnaies, Bitfinex et Tether. « Le sentiment général vis-à-vis des cryptomonnaies tourne à l’aigre avec la multiplication des gros titres négatifs », a parfaitement résumé Fawad Razaqzada, analyste de FOREX.com, cité par Reuters. Le « redressement » s’avère être une impérieuse nécessité, sous peine de voir le Bitcoin rejoindre la tulipe dans les manuels d’histoire économique.

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