De New Delhi à Moscou, le bitcoin inquiète. De MtGox à Coincheck, des millions se volatilisent et les clients crient à l’arnaque. Pourtant de l’avis des experts, les cryptomonnaies sont là pour rester.

Il y a tout juste une semaine, la plateforme d’échanges électroniques tokyoïte Coincheck révélait avoir été victime du plus grand casse de l’histoire des monnaies virtuelles: en une nuit, des pirates informatiques volaient des avoirs en NEM équivalant à 58 milliards de yens (430 millions d’euros).

Les cours de ces devises chutaient aussitôt. De quoi stopper la fièvre qui s’est emparé l’an dernier du Japon?

Bien au contraire, assure-t-on chez bitFlyer, aujourd’hui la principale plateforme de négoce du bitcoin dans l’archipel. «Bien sûr cela nuit à notre réputation, mais en même temps de nombreuses personnes nous ont depuis fait part de leur intérêt et le nombre de nouvelles inscriptions a augmenté», affirme Midori Kanemitsu, directrice financière de la compagnie.

«Les cryptomonnaies semblent inoxydables», confirme Stephen Innes, responsable des transactions Asie-Pacifique chez Oanda, société de services financiers spécialisée dans le marché des changes. «Elles ont dégringolé de nombreuses fois, mais ont toujours été capables de renaître de leurs cendres. Si le vol de 500 millions de dollars n’entame pas la confiance des investisseurs, que faut-il donc de plus?»

Entre innovation et régulation

Partout dans le monde, les discours alarmistes se multiplient.

Mardi, le réseau social américain Facebook a annoncé l’interdiction de toute publicité relative aux cryptomonnaies afin de parer les tentatives d’escroquerie.

A Davos, le ministre britannique des Finances Philip Hammond a appelé à réguler le bitcoin, un sujet qui sera au menu du sommet G20 Finances prévu à Buenos Aires en mars, où Paris et Berlin comptent présenter des propositions communes.

La Corée du Sud et la Chine ont d’ores et déjà durci le ton, la Russie vient de présenter un projet de loi et l’Inde envisage une interdiction.

Le Japon a fait figure de précurseur en encadrant, dès avril 2017, l’usage des cryptomonnaies, dans le but de prévenir les incidents et de protéger les intérêts des utilisateurs après le spectaculaire dépôt de bilan, en 2014, de la société d’échanges de bitcoins MtGox.

Las, cette loi n’a pas empêché l’affaire Coincheck, elle a même donné aux entreprises et investisseurs un faux sentiment de sécurité, suscitant une frénésie dans le pays. «Nous devons renforcer notre supervision», a admis cette semaine le ministre des Finances Taro Aso.

Toute la difficulté, c’est de réguler sans bloquer l’innovation que représente la technologie qui est derrière, à savoir la «blockchain», explique l’avocat Ken Kawai, spécialiste du sujet, qui s’exprimait jeudi au club des correspondants étrangers du Japon.

Contrairement au dollar ou à l’euro, le bitcoin n’est pas émis par des banques centrales mais «miné», ou créé, de manière décentralisée par des ordinateurs utilisant des algorithmes complexes pour produire une chaîne de blocs de transactions codés et authentifiés, technologie dite «blockchain».

2018, un tournant?

Après le piratage de Coincheck, qui a mis en lumière d’importantes failles de sécurité, d’aucuns appellent à un contrôle plus strict des plateformes de transactions, à l’image de ce qui se fait dans le secteur bancaire.

La société, où les autorités japonaises ont mené vendredi une perquisition, a semble-t-il négligé de prendre les mesures de précaution nécessaires. «Il y a une certaine paresse des ingénieurs» alors que «cela demande des efforts de construire un système» inviolable, commente Hikaru Kusaka, co-fondateur de Blockhive, un développeur de blockchain, et ancien conseiller du gouvernement.

De telles mésaventures «risquent d’arriver encore, et encore et encore», avertit-il.

Mais rien n’arrêtera la technologie blockchain. «L’an dernier, on a assisté à beaucoup de spéculation, mais actuellement des projets intéressants voient le jour», assure M. Kawai qui espère voir un tournant en 2018 avec la disparition de certaines cryptomonnaies et l’apparition d’autres, plus stables.

Le courtier d’Oanda livre un pronostic similaire même s’il faut s’attendre à d’autres dégringolades.

Le bitcoin, qui se négociait vendredi en-dessous de 9.000 dollars après avoir frôlé en décembre les 20.000 dollars, devrait finir par trouver «son juste équilibre, dans une fourchette de 10 à 15.000 dollars». «Et à mesure que des acteurs traditionnels entreront dans l’arène, la volatilité va diminuer», estime-t-il.

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